Heima Matti. With Carrie Yamaoka. Marseille

Julien Carreyn

January 27 - April 14, 2018

A.

On Monday in the bus I listen to «slide in stranger’s night» (2007) by the Georgian Natalie Beridze, preoccupied by the striking arpeggio spinning behind her voice. I know this arpeggio, I’ve already heard it, years ago maybe. It’s like something by Steve Hauschildt, and yet not, it’s impossible to find it in these harmonies that obsess me. And Tuesday in the subway while thinking again I finally got the intuition that they are part of Boards of Canada. Back home: yes, Zoetrope (2000), that’s the original piece sampled by Beridze.
« Boards of Canada is considered to be a precursor of the music movement of hauntology. The term residual hauntology refers to compositions mixing the raw materials of the past with sounds recorded in the present. The trace of the past spreads, and even disappears, into new compositions.»

B.

One morning when 5,800 kilometres from home, I woke up in front of a painting by Carrie Yamaoka. Lying on my bed for a quarter of an hour, I drifted into an imaginary meditative exercise full of the light from this little resin rectangle, like a pale sun. It was extremely pleasant and mysterious. Then I went out to grab a coffee with my friend Thomas Fougeirol. «My first impression on Carrie’s work was not visual but rather has the sensation of experiencing a sound. Each of her work evokes in the viewer the sensation of being in front of a fragment of an open space. Each painitng acts as a sponge, absorbing what lies outside as if in an unfixed state. No shapes could be clearl extracted from the paintings. The viewer is rather in front of a vibrating field.»

C.

I’m in the town centre of Thouars (Deux-Sèvres): the windows of (permanently) closed stores have partly been repainted using whiting. Ghosts of a hairdresser’s, brasserie, bar/tobacconist, shoe shop. In the village of Laheimex (Meuse): with a strip of pink gelatine over the (35 mm) lens of my camera, I photograph Jo Vakerckhove naked in a vegetable garden. In Odessa (Ukraine): Irena et Andrei, the members of Bad News From Cosmos bring together sound fragments from an album project whose code name is «Heima Matti».

Julien Carreyn, 2018


    A.

Lundi dans le bus j’écoute «slide in stranger’s night» (2007) de la géorgienne Natalie Beridze, préoccupé par l’arpège lancinant tournant en boucle derrière sa voix. Je connais cet arpège, je l’ai déjà entendu, il y a peut-être des années. Ca ressemble à du Steve Hauschildt, pourtant, non, impossible de retrouver chez lui la trace de ces accords qui m’obsèdent. Et mardi dans le métro en y pensant à nouveau j’ai finalement l’intuition qu’ils sont sur un morceau de Boards of Canada. De retour chez moi : Oui, Zoetrope (2000), voilà le morceau original cité par Beridze.
« Boards of Canada est considéré comme un précurseur du mouvement musical de l’hantologie. On parle d’hantologie résiduelle lorsque les compositions mélangent la matière première du passé avec des sons enregistrés dans le présent. La trace du passé se diffuse, voire disparaît presque, dans les nouvelles compositions.»

B.

Un matin à 5800 kilomètres de chez moi je me réveille en face d’une peinture de Carrie Yamaoka. Allongé dans le lit, pendant un quart d’heure, je me laisse aller à un exercice de méditation imaginaire irradié par la lumière de ce petit rectangle en résine, sorte de soleil pâle. C’est très agréable et mystérieux. Puis je sors boire un café avec mon ami Thomas Fougeirol.
Thomas : «Ma première impression avec le travail de Carrie n’a pas été visuelle mais plutôt une sensation sonore. Chacune de ses pièces peut évoquer la sensation d’être en face d’un fragment d’espace indéfini, ouvert. Chaque peinture fonctionne comme une éponge, absorbant ce qui se trouve à l’extérieur et tout paraît être dans un état d’instabilité. Le spectateur ne peut pas vraiment extraire de formes, il est plutôt en face d’un champ vibratoire.»

C.

Je suis dans le centre-ville de Thouars (Deux-Sèvres) : les vitrines de magasins fermés (définitivement) sont partiellement repeintes au blanc de Meudon. Fantôme de salon de coiffure, de brasserie, de bar-tabac, de magasin de chaussures. Dans le village de Laheimex (Meuse) : une feuille de gélatine rosâtre placée devant l’objectif (35 mm) de mon appareil, je photographie Jo Vankerckhove nue dans des jardins potagers. A Odessa (Ukraine) : Irena et Andrei, les membres de Bad News From Cosmos assemblent les fragments sonores d’un projet de disque dont le nom de code est «Heima Matti».

Julien Carreyn, 2018

  • Heima Matti. With Carrie Yamaoka. Marseille
  • Heima Matti. With Carrie Yamaoka. Marseille
  • Heima Matti. With Carrie Yamaoka. Marseille
  • Heima Matti. With Carrie Yamaoka. Marseille
  • Heima Matti. With Carrie Yamaoka. Marseille
  • Heima Matti. With Carrie Yamaoka. Marseille
  • Heima Matti. With Carrie Yamaoka. Marseille
  • Heima Matti. With Carrie Yamaoka. Marseille
  • Heima Matti. With Carrie Yamaoka. Marseille
  • Heima Matti. With Carrie Yamaoka. Marseille
  • Heima Matti. With Carrie Yamaoka. Marseille
  • Heima Matti. With Carrie Yamaoka. Marseille
  • Heima Matti. With Carrie Yamaoka. Marseille
  • Heima Matti. With Carrie Yamaoka. Marseille
  • Heima Matti. With Carrie Yamaoka. Marseille
  • Heima Matti. With Carrie Yamaoka. Marseille
  • Heima Matti. With Carrie Yamaoka. Marseille