Antoine Marquis

Antoine Marquis

2012

For his first solo exhibition at Crèvecoeur, Antoine Marquis toys with a split personality. He turns to his own personal history as an artist and performs a virtual excavation of his work unearthing a series of drawings - never before exhibited - produced with ballpoint pen between 1998 and 2004. The pen represents, for him, the most straightforward means of drawing, with no possibility of erasing. A sort of pre-language, a “primordial soup” peopled with subjects mixing up archetypes from the “culture of genres” the artist has long nurtured that encompasses série noire (crime/thriller fiction), eroticism, fantastique, science fiction, fantasy, horror, westerns, etc.
He decided to weigh these drawings, in an extremely cold and almost clinical manner, against a quite different and more recent series of pencil drawings that are meticulous, considered and of a distinctly classical stamp. The only motifs are faces and bouquets of flowers. That is to say, portraits and still lives, tried and tested genres in the history of art, though ranked differently in the hierarchy of pictorial genres codified in 1867 by André Félibien, listing his classification as “History, the portrait, the genre scene, landscapes and still life.” There is, to be sure, something of all that in Marquis, except that History becomes (small) history, the genre scene more of a rude skit, the landscapes dressed like science fiction sets, and with the portraits taking French cinema’s cast of supporting actors as models. Then, the bouquets, cose naturali (the term coined by Vasari before the name “still life” became popular in the late seventeenth century) par excellence, are so polished and so obsessive that they are somehow disquieting.
As already mentioned, Antoine Marquis brings a split personality into play. It could even be what is known as a Manichean split in psychological terms (a subject’s conviction that he is simultaneously inhabited by two complementary yet opposed characters, each taking it in turns to live): indeed, how do we consider an artist who sets rudimentary scenes done in biro against the portrait of Aurora’s ethereal features, the subtle confi- dante in Eric Rohmer’s film Claire’s Knee, or against a portrait of French cinema’s perpetual supporting actor, the placid Jean Bouise? Perhaps, through a serious symptom: the certainty that in drawing and its economy of means, the genre study harbours endless possibilities on the question of representation in a world saturated with images. And this artist’s images are open to a potential renaissance through readings on variable levels: image-sign, image-narrative, image-myth.
Antoine Marquis was born in 1974. He lives and works in Paris. He has organised and participated in sev- eral exhibitions in dedicated spaces such as the CNEAI, the France Fiction gallery, the Plateau-FRAC Ile de France, the Mac/Val and the Fondation d’Entreprise Ricard (Une expédition, curated by Stéphane Calais).


Pour sa première exposition personnelle à la galerie Crèvecoeur, Antoine Marquis joue le dédoublement de personnalité. Il se détourne vers sa propre biographie d’artiste, effectue une exploration quasi sédimentaire dans son oeuvre, et fait resurgir une série de dessins qu’il n’a jamais exposés : des dessins réalisés entre 1998 et 2004, au stylo à bille. Pour lui, la manière la plus simple de dessiner, sans possibilité de gommer. Une sorte de pré-langage, une «soupe primitive» peuplée de sujets qui brassent les archétypes de la «culture de genres» qui l’a longtemps nourri : série noire, érotisme, fantastique, science-fiction, fantasy, horreur, western...
Ces dessins, il choisit de les mettre en regard de façon très froide, quasi-clinique avec une série de dessins au crayon récents, tout à fait différents, méticuleux, appliqués, de facture très classique. Qui prennent pour motif unique des visages et des bouquets de fleurs. C’est-à-dire des portraits et des natures mortes, genres éprouvés de l’histoire de l’art, bien que diversement classés dans la hiérarchie des genres picturaux codifiée en 1867 par André Félibien qui expose ainsi sa classification : «L’Histoire, le portrait, la scène de genre, le paysage, la nature morte». Il y a d’ailleurs chez Marquis un peu de tout ça, à ceci près que l’Histoire se transforme en (petite) histoire, la scène de genre en saynète de (mauvais) genre, le paysage en décor de science-fiction, et que les portraits prennent pour modèles des seconds rôles du cinéma français. Et les bouquets, cose naturali (terme utilisé par Vasari pour désigner la nature morte avant que le terme n’apparaisse, à la fin du XVIIè siècle) par excellence, sont ici si soignés, si obsessionnels, qu’ils deviennent presque inquiétants.
Antoine Marquis joue, disait-on, le dédoublement de personnalité. Il s’agirait même de ce qu’on appelle un dédoublement manichéen en termes psychologiques (conviction du sujet que deux personnages à la fois com- plémentaires et opposés existent en lui et vivent à tour de rôle) : que retenir en effet d’un artiste qui fait répon- dre aux scènes rudimentaires faites au stylo à bille, le portrait du visage éthéré d’Aurora, subtile confidente chez Eric Rohmer, ou du placide Jean Bouise, éternel second rôle du cinéma français? Peut-être un symptôme sérieux : la certitude qu’à travers le dessin et son économie de moyens, l’étude du genre recèle une infinité de possibilités sur la question de la représentation dans un monde saturé d’images. Et que les images de l’artiste s’offrent à une possible renaissance via des degrés de lecture variables : images-indices, images-récits, ima- ges-mythes.
Antoine Marquis est né en 1974 ; il vit et travaille à Paris. Il a réalisé et a participé à plusieurs expositions no- tamment au CNEAI, à la galerie France Fiction, au Plateau-FRAC Ile de France, au Mac/Val et à la Fondation d’entreprise Ricard (Une expédition, organisée par Stéphane Calais).

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    Antoine Marquis, 2012, exhibition view, Crèvecoeur, © Isabelle Giovacchini

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    Antoine Marquis, 2012, exhibition view, Crèvecoeur, © Isabelle Giovacchini

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    Antoine Marquis, 2012, exhibition view, Crèvecoeur, © Isabelle Giovacchini

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    Un oeuf de dinosaure rempli d'une racine de ginseng et couvert de champignons noirs, performance, January 14th 2012, Crèvecoeur

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    Le nid de Furnarius Rufus, performance, January 12th 2012, Crèvecoeur

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    *Un oeuf de dinosaure rempli d'une racine de ginseng et couvert de